Chères amies, chers amis,
Vous trouverez ci-dessous la tribune de Ségolène Royal parue dans Le Monde
daté du mardi 17 février 2009.
Vous pouvez également la lire sur le site de Désirs
d'avenir ou du Monde.fr.
"Si l'élection du président Obama a d'abord réconcilié l'Amérique avec elle-même, elle a aussi posé les fondements
d'une réconciliation de l'Amérique avec le reste de la planète. En dénonçant avec courage
l'aveuglement de la puissance brute, en acceptant d'écouter le monde tel qu'il est, complexe, riche, mais aussi fragmenté et imprévisible, en plaçant sa confiance dans
le dialogue avec tous plutôt que dans le coup de poing solitaire, il a sonné le glas d'une vision impériale dont le seul résultat aura été l'impasse irakienne.
Avec son retour dans le commandement intégré de l'OTAN, la France envoie un signal de repli sur la sphère occidentale qui va à rebours de la stratégie d'ouverture impulsée par Barack Obama.
Cette décision, prise quand George W. Bush était encore en fonctions, n'est pas le gage d'une nouvelle relation avec les Etats-Unis, ces derniers ayant de plus en plus besoin d'une Europe
politiquement forte et indépendante. Au fond, ce repli traduit un triple contresens : sur l'évolution du monde aujourd'hui ; sur le rôle de la France et de l'Europe dans les relations
internationales ; sur les garanties de notre sécurité collective.
Le mur de Berlin est tombé depuis presque vingt ans. En vingt ans, de nouvelles puissances ont émergé, à l'image de la Chine, de l'Inde ou encore du Brésil. Les menaces ont changé, les conflits
aussi. Les risques d'affrontement entre blocs ont laissé place à une prolifération de guerres civiles et à la déterritorialisation d'un terrorisme transfrontière. Des Etats se sont effondrés,
de nouvelles zones grises sont apparues dans les interstices de l'ancien empire soviétique, les trafics de toutes sortes se sont globalisés.
Face à ces bouleversements, l'OTAN a traversé une crise d'identité profonde. Partiellement périmée par l'effondrement du Pacte de Varsovie, la doctrine de sanctuarisation de l'espace Atlantique
a été élargie au profit d'une logique d'intervention extérieure, au Kosovo, puis en Afghanistan. Certaines ambiguïtés majeures n'ont pas pour autant été levées. L'OTAN demeure une organisation
marquée par la guerre froide, avec pour corollaire le leadership politique et militaire que les Etats-Unis y exercent. Ainsi s'explique sa force d'attraction sur les anciens satellites de la
Russie, désireux de s'affranchir de l'"étranger proche" de Moscou en se plaçant sous le "parapluie" américain.
Fermée aux grandes puissances non occidentales, mais ouverte à des théâtres d'opérations extérieures, l'Alliance vit dans un entre-deux délicat. Elle apparaît désormais comme le bras armé de
l'Occident dans le monde, sans avoir la légitimité dont bénéficierait une alliance à vocation universelle. Avant de décider d'une réintégration au sein du commandement militaire intégré, il
aurait donc été souhaitable qu'un débat politique s'engage sur les nouvelles missions confiées à l'OTAN. Faut-il, alors que d'autres pays s'affirment sur la scène internationale, donner le
sentiment de nous crisper sur la "famille occidentale" ?
Ne risquons-nous pas de nous enfermer dans une logique défensive d'avant-hier, alors même que le monde est en train de basculer ? Ne donnons-nous pas le signal de l'enfermement, alors que nous
devons être dans un mouvement d'ouverture ?
Dès les années 1960, le général de Gaulle avait compris l'intérêt de jouer un rôle de "pont" entre l'Est et l'Ouest, entre le tiers-monde d'alors et ceux que l'on n'appelait pas encore les pays
du Nord. Bien que la donne ait changé, cette posture est plus pertinente que jamais. Le monde a besoin de pays qui jouent le rôle de médiateurs, voire de recours, politique et moral. Cela vaut
pour la France. Mais cela vaut aussi pour l'Europe dans son ensemble. L'indépendance de la politique étrangère n'est pas destinée à flatter l'esprit cocardier. Elle est le fondement d'une
stratégie d'influence globale destinée à nouer le dialogue, en évitant d'être marqué au fer rouge par l'assignation à un camp.
Bien sûr, le retour dans les structures de l'OTAN ne signifie pas une adhésion de droit à toutes les opérations de l'Organisation, mais il est évident que notre participation aux commandements
de l'OTAN fera peser sur nos choix d'engagement une pression morale considérable. L'étouffante pression de l'unanimité ne constituera jamais un gage sûr de notre liberté, car il faut beaucoup
de force d'âme pour s'opposer lorsqu'on est seul. Non, le cadre de l'OTAN n'est pas aussi flexible et protecteur de notre indépendance diplomatique que Nicolas Sarkozy cherche à le faire
croire. Or, les drames vécus en Irak ont prouvé que la France voyait juste. Cette voix pourra-t-elle encore s'élever demain ? Rien n'est moins sûr. En tout état de cause, ce tournant ne peut
pas être pris sans un débat et un vote au Parlement.
Enfin, la réintégration de la France dans l'OTAN aurait pu se comprendre comme un choix tactique s'inscrivant dans le cadre d'un projet ambitieux pour une Europe de la défense indépendante. Des
bases solides pour l'Europe de la défense étaient d'ailleurs selon Nicolas Sarkozy la condition nécessaire à notre retour dans l'OTAN. En lieu et place, on trouve un maigre bilan.
Les importants moyens humains et financiers qui vont être mis au service de l'OTAN auraient eu plus de sens s'ils avaient été précédés par de nouveaux moyens mis au service de l'Europe. On ne
peut demander à l'Europe de la défense de progresser tout en consacrant plus de moyens à l'OTAN. Il y a ici une contradiction forte qui ressemble à un choix trop facile de l'OTAN contre
l'Europe.
Plus que jamais, il faut doter la France et l'Europe d'une vision stratégique. Les idéaux de paix et de démocratie que les pères fondateurs voulaient pour l'Europe, et qui sont les nôtres
aujourd'hui, ne sont pas des horizons qu'il faut invoquer au détour d'un discours : ils sont les fondements réels de notre puissance et de notre rayonnement dans ce monde. L'Europe de la
défense n'est pas seulement un dispositif militaire, c'est avant tout un pilier au service d'une identité propre, fondée sur le droit, l'esprit de justice et l'indépendance. Soyons-en sûrs :
c'est de cette Europe dont les Etats-Unis et le monde ont besoin aujourd'hui.
Ségolène Royal
Par Désirs d'entreprendre

Pâtes, Riz, Huile : les prix des produits de première nécessité continuent de flamber malgré une baisse très sensible du prix des matières premières depuis l’été 2008 et la 2ème « réforme » de Nicolas Sarkozy en quelques années.
L’alerte a été lancée cette semaine par la publication d’une étude Nielsen dans le magazine LSA des fortes hausses de prix constatées entre Janvier 2008 et Janvier 2009.
Les plus fortes hausses concernent les produits de première nécessité que sont les pâtes alimentaires (+10,8%), le riz (+11,2%), l'huile alimentaire (+8,4%). De hausses fortes touchent le vin de table (+8,1%), la farine (+5,7%) et le lait en poudre de (+5%).
Comme nous l’avions écrit en décembre 2007 et alors que Nicolas Sarkozy présentait sa seconde loi sur la distribution et le commerce, la modération des prix n’a concerné que les grandes marques alors que les marques distributeurs et les « premiers prix », surconsommés par les ménages modestes, ont vu leurs prix littéralement exploser. Ainsi le prix du riz "premier prix" a explosé de 36,3% comme le révèle l’article de la revue LSA.
C’est là une difficulté très importante à laquelle doivent faire face notamment les ménages modestes. En effet les dépenses alimentaires représentent 18,4 % du budget des ménages modestes (16,4 % pour l’ensemble des ménages).
Ces hausses de prix se font pourtant dans un contexte particulier de crise et de baisse des prix des matières premières agricoles depuis l’été 2008. Quand le prix du blé a retrouvé son niveau de début 2007, quand le prix du riz retrouve le niveau de janvier 2008, quand le prix du lait a baissé de 13% en janvier et quand enfin le prix du brut a été divisé par 3, les prix des produits de grande consommation eux ne baissent pas, bien au contraire avec une inflation de 4% / 5% à fin décembre 2008.
Sur une plus longue période l’association de consommateurs UFC-Que Choisir pointe du doigt les marges la
problématique des marges exorbitantes, qu’elle illustre notamment par l’exemple de la filière de la viande, montrant que, si les prix à la production, c'est-à-dire ceux payés aux éleveurs de
bovins, de porcs et de ¬volailles, ont baissé respectivement de 10 %, 5 % et 18 % entre 1990 et 2008, ceux payés par les consommateurs, eux, n'ont cessé d'augmenter (respectivement 48 %, 26 %
et 19 %).
Au bout de la chaîne, les baisses de prix des matières premières ne sont jamais répercutées à la baisse !
Ces hausses de prix se font aussi alors que Nicolas Sarkozy avait promis en présentant sa seconde loi sur la distribution une baisse des prix et une hausse du pouvoir d’achat des Français (réforme de la loi Galland qui permet aux distributeurs de mettre l’ensemble de leur négociation dans les prix de vente). Un second échec après la première loi de 2004 et une même promesse de baisse des prix.
Pourquoi ? Parce que le gouvernement se cantonne dans le diagnostic, comme le fait remarquer Alain Bazot, Président d’UFC-Que Choisir dans son éditorial de ce mois. Le
gouvernement tout entier tourné vers la communication a déjà oublié la loi votée, ne s’intéresse pas à ses résultats et surtout il ne s’attaque pas au cœur du problème :
Une concurrence insuffisante entre les grands distributeurs et entre les différentes formes de distribution ainsi qu’un manque flagrant de transparence quant à la formation des
prix.
En matière de distribution, il y a pourtant beaucoup à faire pour créer une véritable concurrence et favoriser l’émergence de nouvelles formes de distribution plus respectueuses de l’environnement (circuits courts, etc…) comme des producteurs.
Ajoutons aussi que de nombreuses PME agro-alimentaires françaises risquent la faillite, fragilisées, en raison d’un crédit raréfié et de pratiques prédatrices qui ne doivent pas être sous-estimées. L’Etat doit jouer son rôle en prenant une part au capital des banques pour rediriger le crédit vers l’économie réelle et en luttant contre les pratiques commerciales « prédatrices » et discriminatoires qui mettent à genoux nombre de producteurs.
La régulation ne doit pas rester une figure des meetings de Nicolas Sarkozy mais doit devenir une réalité de notre
vie économique.
C’est seulement ainsi que les prix aux consommateurs baisseront.
Source : Désirs d'avenir
Par Delphine Batho
"Gouvernement incapable de faire face à crise économique grave recherche bouc-émissaire". Telle semble
être le sous-titre des annonces successives du ministre de l'immigration,
Eric Besson.
Chaque jour apporte son lot de mesures tape-à-l'oeil stigmatisant les immigrés. Hier, c'était la pression à la délation, aujourd'hui il ressort du chapeau les funestes tests ADN de l'amendement Mariani.
Cette dérive est très préoccupante, tant du point de vue des libertés publiques que de la vision négative de l'immigration qu'elle véhicule.
Chacun l'aura compris, l'efficacité de la régulation des flux migratoires n'est qu'un prétexte dans cette histoire. Le chantage à la délation avait déjà été expérimenté par Nicolas Sarkozy ministre de l'intérieur, en promettant des titres de séjour aux prostituées qui dénonçaient leur proxénète. Le bilan est piteux. Quant aux tests ADN, le simple fait que, plus d'un an après le vote de la loi, ils ne soient pas expérimentés démontre qu'ils sont inutiles, inapplicables et dangereux.
Le gouvernement doit arrêter de sacrifier les principes qui font la grandeur de la France.
Les socialistes doivent se mobiliser pour que le décret sur les tests ADN imposés aux enfants ne soit pas publié et que la circulaire faisant du chantage à la délation soit immédiatement retirée.
Source : Désirs d'avenir